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CONCOURS, PRIX ET MÉDAILLES

DES PRIX À TOUT PRIX ? NON

 

RÉSISTER À TOUT PRIX, 

 

J’aborde aujourd’hui un sujet dont je me suis toujours retenu de diffuser. Même si je l’ai déjà partagé à quelques amis très proches qui ont toute ma confiance, j’ai toujours opté pour le silence évitant ainsi toute polémique ou confusion. Avec le temps, il est devenu de plus en plus courant de devoir affirmer ma posture sur le sujet et je crois qu’il est maintenant temps de le faire. Dernièrement, par mon site web, une personne me pose la question suivante : Pourquoi n’affichez-vous pas vos prix, vos mentions d’honneur ou titres* ?

 

Tout simplement parce que je n’en ai pas et je que n’en aurai pas dans le futur également *. D’abord parce que pour gagner des concours, des prix ou des médailles de toutes sortes, que sais-je, il faut courir après sinon les quémander avec tout ce que cela implique... Je suis de ceux qui croient que la fonction des concours et de la compétition ne serve au final que d’autres intérêts que celui du concurrent et génère la confusion auprès des amateurs d’art. Donc je ne m’y conforme pas, je n’y participe pas et des prix je n’en quémande pas, c’est un choix personnel et totalement assumé. 

 

Avant d’aller plus loin, je vais ici clarifier deux questions qui me sont souvent adressées.

 

-      As-tu peur d’être jugé ? Je n’ai aucun problème à ce que mon travail soit jugé sur des comparables, par des jurés connaisseurs donc crédibles et en toute impartialité. Le problème c’est que ces trois critères sont très rarement réunis.

-      Es-tu jaloux? C’est un sentiment que je ne connais pas en ce qui concerne mon travail d’artiste et même j’ajoute n’avoir jamais senti le besoin que mon travail soit approuvé ou reconnu par qui que ce se soit. Je privilégie plutôt l’émulation, ce sentiment qui pousse au dépassement de soi par l’échange, le partage dans une saine et amicale rivalité. La reconnaissance inconditionnelle et mutuelle dans la confrérie des peintres de profession est de loin l’hommage le plus crédible qu’on puisse accorder. 

 

Je reprends ici que ce n’est plus un secret de polichinelle que la majorité des concours et des compétitions sont tordus et organisés par des promoteurs dont les visées sont discutables, qui même peuvent agir avec la complicité de contributeurs ou de grands amis qui deviendront eux-mêmes lauréats, par magie. Ou encore, d’autres concours qui sont sous la direction d’incompétents pour qui un fauviste est un gardien de zoo; imaginons la cohérence dans le jugement des œuvres. C’est le genre de concours qu’on retrouvent partout dans les innombrables symposiums et expositions régionales, nationales et même internationales et il y en a plus en plus sur les réseaux sociaux. Il faut dire que ces évènements servent les intérêts de tous sauf de ceux qui y participent naïvement et de bonne foi. Malheureusement ce nivelage du succès vers une conformité très discutable induit tout une clientèle d’amateurs d’art en erreur. Cela ne fait que contribuer à la croissance de la médiocrité et à la dérive culturelle actuelle. Ce constat ne s’applique pas seulement dans les arts, mais dans les sports, dans les sciences, dans le monde des affaires et en politique bien sûr. Plus il est question d’argent et comme l’argent n’a pas d’odeur, plus l’odeur nous monte au nez. 

 

Je cite ici Albert Jaquard : « Et qu'on ne me dise pas qu'il y a une justice dans les concours: il suffit de voir à quelles catégories sociales appartiennent les candidats sélectionnés... » Interview parue dans le magazine L'Entreprise en décembre 2004

 

Il en va de même pour les nominations et les titres honorifiques. Plus précisément dans mon domaine qui est celui de la peinture, c’est ironique de voir les spécialistes auto-proclamés de certains organismes : académies, associations, écoles, promoteurs et agents improvisés qui décrètent qu’un tel est désormais devenu ‘’ maître ‘’ et quelques dollars plus tard il sera appelé à devenir ‘’ GRAND maître’’.  Décidément, on n’est pas tous sur les mêmes para-maîtresen ce qui concerne le statut de maître dans ce noble métier.  Aujourd’hui, nommés à tout appel et à tout gala, on compte plus de « maîtres » proclamées dans les cinq dernières années que dans les cinq cents dernières années. C’est tout dire! 

 

Comme on me l’a déjà dit :  ‘’Oui, mais il faut jouer le jeu parce que c’est le passage obligé ‘’ Et bien NON! je ne jouerai pas à ce jeu indécent. C’est à cause de cette culture de médailles sous quémandage que plusieurs excellents artistes restent invisibles, et j’en connais personnellement plusieurs, excellents qui nagent à contre-courant parce qu’ils ne se résignent pas à jouer à ce jeu qui récompense les plus conformistes, les plus enclins à s’agenouiller devant n’importe quoi, pour la promesse d’une médaille, d’un faux-titre ou de l’envol inespéré d’une grande carrière. C’est pour moi un devoir de résister à tout prix au nom de la noblesse de mon métier. 

 

PS. : Il s’agit ici de propos très personnels qui n’engagent aucun regroupement d’artistes dont je suis membre.  

 

* sauf quelques prix de présences  déjà reçus inscriptions et dont je ne fais pas mentions 

 

 

 

 

 

 

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